Pourriez-vous me parler de votre histoire avec l’aide et les soins à domicile?
J’ai découvert pour la première fois l’aide et les soins à domicile dans la ferme familiale où j’habitais. Mon oncle et ma tante vivaient dans l’un des appartements de la maison. Arrivés à un certain âge, ils ont eu besoin d’aide, notamment pour les repas à domicile. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’existence d’un CMS dans notre région, qui proposait ce type de service. Grâce à cette aide, ils ont pu rester chez eux quelques années de plus. Des années plus tard, ce sont mes parents qui ont eu besoin d’accompagnement, en particulier ma mère, qui rencontrait des problèmes de santé.
Par la suite, il se trouve que mon fils cadet est né un peu en avance, prématurément. À notre retour à la maison, nous avons bénéficié du soutien d’une infirmière pédiatrique du CMS, qui nous a beaucoup accompagnés pendant cette période. Puis, des années plus tard, j’ai eu un grave accident de voiture en Mauritanie. Après plusieurs mois d’hospitalisation, j’ai pu rentrer chez moi et bénéficier, là encore, de soins à domicile par le CMS. J’ai par ailleurs bénéficié de leur service de transport* pour me rendre à l’hôpital lors de mes suivis médicaux.
Quelle a été la plus-value des CMS?
Dans le cas de mes parents, par exemple, le rôle des CMS a été essentiel. Ils ont non seulement apporté une aide précieuse à ma mère, mais aussi soutenu mon père dans son rôle de proche aidant. À plus de 90 ans, il avait ses propres limites, et ce soutien le soulageait beaucoup. Pour nous, les enfants et petits-enfants, c’était un immense réconfort de savoir qu’une personne avec une formation en santé passait chaque jour et les suivait. Mes parents étaient profondément attachés à leur maison. Devoir entrer en EMS aurait été un véritable déchirement. Je pense que leur état de santé se serait rapidement dégradé. Pour mon fils né prématurément, ce qui comptait avant tout, c’était le sentiment de sécurité. Même s’il allait bien compte tenu des circonstances, nous savions que la situation pouvait évoluer rapidement. Le fait qu’une professionnelle du CMS vienne chaque matin nous rassurer, répondre à nos questions et nous aiguiller était très précieux.
En plus des compétences professionnelles, c’est la notion de lien humain que vous soulignez…
Oui, parce qu’au-delà des soins médicaux, une véritable relation humaine se crée. Je me souviens d’ailleurs d’une anecdote marquante. Un jour, dans le train, j’ai croisé un ancien collègue qui m’a présenté sa femme. Elle était infirmière à domicile et avait suivi mes parents. Elle m’a dit avoir beaucoup entendu parler de moi et de mes missions au CICR. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de la profondeur du lien qui s’était développé entre elle et mes parents. Bien sûr, il y avait leurs problèmes de santé physique, mais le fait d’avoir un fils qui se déplaçait dans des pays en guerre était aussi une source d’inquiétude qui pesait sur eux. Le fait de pouvoir en parler librement avec quelqu’un qui les écoutait les a beaucoup aidés. C’est là que j’ai réalisé la force de ce lien qui s’était tissé et qui allait bien au-delà d’un simple soin médical.
Selon vous, qu’est-ce qui est essentiel dans la relation entre les soignants et les bénéficiaires?
Je pense d’abord à la confiance, qui se construit grâce à la régularité et à la prévisibilité. Pour mes parents, il était très important de voir le plus souvent possible la même personne et de pouvoir développer un contact dans la durée. La ponctualité jouait aussi un rôle. Mon père appréciait de voir que le soignant arrivait chaque matin, à la même heure. C’était un repère. L’écoute me semble également essentielle. Malgré son grand âge, il était considéré comme un véritable partenaire de soins. Les professionnels ne cherchaient pas seulement à répondre aux besoins de ma mère; ils cherchaient aussi à comprendre ce dont mon père avait besoin pour pouvoir continuer à l’accompagner.
Selon vous, à quoi les CMS doivent-ils être attentifs dans la relation client-intervenant?
Je pense qu’il est important d’impliquer les proches et de reconnaître leur rôle. Les soins à domicile concernent rarement uniquement une personne: ils touchent souvent l’entourage. Il est nécessaire aussi que chacun comprenne les limites et les compétences de l’autre. Les proches doivent savoir ce qui relève du rôle du soignant ou du médecin, tandis que les professionnels doivent prendre en compte l’entourage et les besoins du client. Les CMS ont également un rôle d’observation. Au-delà du soin lui-même, les professionnels doivent être attentifs à l’environnement dans lequel vit la personne. Lorsqu’ils interviennent à domicile, ils peuvent rapidement voir ce qui ne va pas: un logement moins bien entretenu, un désordre inhabituel… Tous ces éléments peuvent révéler un problème.
Si vous deviez résumer votre expérience en quelques mots ou en une image, que diriez-vous?
Je dirais qu’on ne réalise pas à quel point l’aide et les soins à domicile sont essentiels tant qu’on n’y a pas été confronté soi-même. Ils ne servent pas uniquement à pallier des difficultés physiques ou à prolonger la vie. Ils permettent surtout de préserver une qualité de vie, une autonomie et un sentiment de dignité. Et tout cela donne un sens profond à l’existence.
Quel message aimeriez-vous transmettre aux équipes des CMS?
J’aimerais avant tout leur exprimer ma reconnaissance pour toute l’aide et les soins qu’elles apportent chaque jour à des milliers de personnes et leur entourage. Lorsque mes parents étaient suivis à domicile, il m’arrivait d’être à des milliers de kilomètres, dans des pays en guerre. Savoir qu’ils étaient accompagnés quotidiennement par des professionnels compétents était un immense soulagement pour toute notre famille. Et je pense qu’ils jouent un rôle important pour l’ensemble du système de santé.
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*Transport pour personne à mobilité réduite

André, ancien bénéficiaire des CMS vaudois